Résumé
Contexte : Les professionnel.le.s et les organisations de santé s’accordent à dire que le lait maternel est le meilleur type d’alimentation pour la croissance optimale des nourrissons. Cependant, toutes les femmes ne produisent pas une quantité suffisante de lait pour nourrir leur enfant. Elles doivent alors faire un choix pour supplémenter leur enfant. Certaines mères s’opposant à la supplémentation avec du lait artificiel, ayant des enfants qui ne le tolèrent pas ou n’étant pas éligibles à recevoir du lait par les banques de lait se tournent vers la pratique du milk sharing (partage de lait). Elles demandent parfois de l’aide à des amies, connaissances ou familles afin de se procurer du lait maternel. Certaines mères prennent contact sur les réseaux sociaux ou des sites internet spécialisés avec des femmes ayant un surplus de lait afin d’en acquérir pour nourrir leur enfant. Le milk sharing (ou partage de lait) est une pratique qui fait débat car comme le lait maternel est un liquide biologique pouvant être vecteur de maladies, cette pratique représente des risques pour la santé des enfants receveurs et peut être considéré comme un problème de santé publique. L'objectif de ce travail est de comprendre quelles sont les expériences des femmes recevant du lait maternel par la pratique du milk sharing afin de nourrir leur enfant. Le but étant de mettre en lumière les thématiques clés et les implications qui émergent de cette pratique. Méthode : La méthodologie adoptée pour ce travail est une revue structurée de la littérature prenant en compte diverses recherches d’articles sur les bases de données Pubmed ® et CINAHL ®. Parmi les 57 articles trouvés sur les bases de données, neuf ont été sélectionnés selon des critères d’inclusion et d’exclusion spécifiques. Quatre études sont qualitatives, quatre sont quantitatives et une étude est de type mixte. Elles ont été analysées à l’aide de grilles de lecture critique. Résultats : Les résultats de ce travail ont mis en avant 10 thématiques liées à l’expériences des femmes. La plupart des femmes étaient conscientes des risques de cette pratique mais les bénéfices en découlant l’emportaient. La majorité des femmes étaient négativement impactées par les jugements d’autrui, notamment ceux des professionnels de la santé. Il a été démontré que les femmes pratiquant le milk sharing allaitent plus longtemps que les femmes non-utilisatrices de milk sharing. Qui plus est, cette pratique aurait selon certaines études un effet protecteur sur le stress, l’anxiété et la dépression du post-partum grâce au soutien entre femmes mais aussi grâce au réconfort général apporté par le milk sharing. Discussion : La totalité des études analysées s’accordent à dire que les professionnel.le.s de la santé devraient aborder le sujet avec chaque femme et famille intéressées par le milk sharing en adoptant une posture non jugeante et ouverte. Si une femme ou une famille est décidée à réaliser cette pratique, elle le fera très certainement même si cela va à l’encontre des conseils et recommandations des professionnel.le.s. De ce fait, l’ouverture au dialogue à ce sujet permettrait de transmettre des conseils avisés sur la réduction des risques tout en améliorant l’expérience des femmes et famille dans leur parcours d’allaitement et de milk sharing en diminuant la discrimination pouvant être ressentie. Afin de pouvoir prodiguer des conseils uniformes, il est toutefois nécessaire de réaliser davantage de recherches pour établir des guidelines officielles qui sont absentes actuellement au niveau mondial, européen et suisse.