Résumé
En septembre 2020 dans un établissement secondaire genevois, des élèves adolescentes ont dénoncé le fait qu’on leur ait demandé de porter un T-shirt large par-dessus leur tenue, jugée inadéquate. Ledit T-shirt, portant l’inscription « je porte une tenue appropriée » a vite été renommé « T-shirt de la honte » sur les réseaux sociaux. Cet évènement a fait parler de lui au travers de la Suisse, déliant les langues et encourageant les élèves à se révolter contre des pratiques similaires dans leurs établissement. Les membres du corps enseignant, de leur côté, ont également dû se positionner, jusqu’à ce que les Départements de l’Instruction eux-mêmes doivent intervenir. La question de l’habillement des jeunes filles dans le cadre scolaire représente effectivement une problématique controversée, ne faisant pas l’unanimité. Cette recherche s’est construite sur des entretiens de groupe auprès d’une quinzaine d’élèves de 10ème année (système HARMOS) âgées d’entre 13 et 15 ans, au sujet de leurs habitudes vestimentaires mais également à propos de ces évènements du « T-shirt de la honte ». Le but visé : entendre le point de vue d’adolescentes d’aujourd’hui et comprendre le rôle joué par le style vestimentaire dans la construction de l’identité féminine adolescente. La méthodologie des entretiens de groupe a permis une grande interaction entre les interviewées ainsi qu’une richesse de partage toute particulière. C’est au travers de leurs interactions que nombre de ces participantes se sont construit un discours et ont décrit leurs habitudes d’habillement. Ces discussions ont permis de montrer que les adolescentes évoluent dans une multitude d’arènes d’exposition, et que cette multiplicité crée chez elles une pression qui n’est pas partagée par leurs pairs masculins. Parmi ces arènes de jugement, citons principalement les sphères familiale, scolaire, sociétale ainsi que les plateformes des réseaux sociaux. Enfin, les adolescentes sont également tributaires du regard qu’elles portent sur elles-mêmes, qui est rarement empli de bienveillance mais souvent particulièrement strict. Chacune de ces scènes d’exposition sont autant de sources de pression sociale pour les jeunes filles et c’est face à chacune d’elles qu’elles doivent se construire et adapter leur apparence, une réalité qui crée chez un grand nombre d’entre elles une capacité à l’auto-discipline particulièrement prononcée.